Cohabiter avec les chauves-souris

Publié le par Groupe LPO 31

Avec 34 des 41 espèces présentes en Europe, la France accueille une large population de chauves-souris, également appelées chiroptères (du grec « chiros », la main, et « ptera », l’aile). Malheureusement, pratiquement toutes les espèces présentes en Europe sont en voie de régression…

Chauves-souris - Credit : Philippe Jourde

Chauves-souris - Credit : Philippe Jourde

Des menaces bien réelles

Bien qu’intégralement protégées en France, les colonies de chauves-souris se retrouvent très régulièrement menacées par les interventions humaines :

  • Les produits phytosanitaires chimiques : leur utilisation détruit toute présence d’insectes, diminuant ainsi la quantité de ressource alimentaire disponible (moustiques et papillons nocturnes principalement). Les chauves-souris sont également empoisonnées par la consommation d’insectes eux-mêmes contaminés.
  • La suppression des haies, bosquets, broussailles et zones humides : terrain de chasse privilégié des chauves-souris.
  • Diminution des lieux d’accueil : étanchéification des ponts (dans le cadre de leur réfection), fermeture des greniers, des clochers, abatage des vieux arbres… Tous ces lieux constituent l’habitat principal des chauves-souris !
  • Dérangement pendant la nidification ou l’hibernation.

Accueillir les chiroptères

À l’échelle d’un territoire, c’est la collectivité territoriale qui peut intervenir pour planifier la gestion des chiroptères. Notamment en prenant des dispositions au travers des Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) en faisant le choix de maintenir des parcelles naturelles sauvages ou des zones humides.

Concernant les haies, bosquets et vieux arbres à cavités, il est possible – toujours dans le cadre du PLU – de classer des bois, forêts, parcs, arbres isolés, haies et plantations d’alignement en Espace Boisé Classé (EBC) de manière à protéger cet espace d’une utilisation sylvicole par exemple.

Concernant la réfection de ponts, souvent à la charge des collectivités territoriales, il est d’abord conseillé de contacter une association afin de savoir si une colonie de chauves-souris est présente sur l’ouvrage. Ce dernier peut accueillir des individus dans les disjointements entre les moellons, sous les corniches, au fond des drains, dans les piles creuses ou encore dans les voussoirs1.

À l’échelle d’un bâtiment, là aussi des solutions sont possibles. Les combles étant le lieu d’accueil privilégié, il est possible de les aménager pour favoriser l’installation d’une colonie. Tout d’abord, le traitement de la charpente (si traitement il doit y avoir) doit privilégier des solutions naturelles comme le sel de Bore, non nocif pour la faune mais aussi pour l’Homme2.

Ensuite, il est possible d’aménager une chiroptière (petite ouverture dans le toit) à l’aide d’un professionnel. D’une manière générale, l’ouverture doit être de 40cm de large pour 7cm de haut (afin d’empêcher l’accès aux pigeons), située à mi pente de la toiture et hors éclairage extérieur direct3, 4, 5.

Dans le cadre d’une cave, ou d’une grange fermée par une porte par exemple, il est conseillé de réaliser une petite ouverture sur le haute de cette porte : 15cm de haut pour 40 à 60cm de large afin de laisser circuler les chiroptères.

En dernière option, il est possible de fixer des gites à chauves-souris de préférence en béton de bois car plus résistant dans le temps6. Privilégier une installation entre 3m et 6m de haut. Concernant l’entretien, celui-ci est simple puisqu’il consiste uniquement à vérifier la bonne fixation du gite.

Et si toutefois vous observez une colonie de chauves-souris dans votre structure, quelques règles s’imposent !

  • Tout d’abord limiter le dérangement sur la zone (restreindre l’accès, voire le condamner temporairement).
  • Sensibiliser le personnel à la préservation de la colonie (animation par un animateur LPO, création d’un panneau d’information…)
  • Conserver des ouvertures pour maintenir la circulation des chiroptères.
  • Transmettre ses données sur le site Vigie Nature du Muséum7.
  • Pour limiter le désagrément lié aux déjections, installer une bâche sous la colonie pour récupérer le guano : dilué à 50% avec de l’eau (car très riche !), il peut servir d’engrais naturel.

Au final, de l’échelle globale à l’échelle d’un bâtiment, chacun peut agir à son niveau pour participer à la préservation des chauves-souris. De plus, la présence de ce mammifère volant permet de lutter naturellement contre les moustiques puisqu’un individu peut consommer jusqu’à 600 moustiques en une nuit !

K. Broquereau

Plus d’informations

(1) Les chauves-souris, hôtes des ponts

(2) Chauves-souris et traitement du bois

(3) Guide pour l’Aménagement des combles et clochers des églises et d’autres bâtiments

(4) Guide Technique de l'Aménagement des Bâtiments Publics et Ouvrages d'Art des Deux-Sèvres en faveur des Chauves-souris

(5) Aménagement des toitures et combles

(6) Gites à chauves-souris

(7) Vigie Chiro – Suivre les populations de chauves-souris en France

Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères

Guide (en anglais) sur les aménagements pour les chauves-souris en ville

(article LPO France)

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